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Du blé à 260 €/t, du colza à 700 €/t, les prix traités sur les fins d’échéance Euronext / Matif Mai 2021 atteignent des sommets voire des records pour ce qui est du colza.

D’autres fins d’échéance ont connu des heures plus sombres. Le blé échéance Mars 2016 s’est effondré à 140 €/t, le blé Septembre 2019 à 153 €/t, tandis que le colza Mai 2018 a chuté jusqu’à 325,75 €/t avant sa clôture.

Nous allons voir pourquoi de tels mouvements arrivent sur les fins d’échéance, comment les interpréter et comment ne pas s’y faire piéger.

Rappel sur le fonctionnement du marché à terme en situation « normale » de couverture

① Un exportateur vend un bateau de 20 000 tonnes de blé à l’export plusieurs mois à l’avance, sans avoir acheté au préalable la marchandise.
② L’exportateur se couvre via l’achat de 400 contrats à terme (soit 400 lots de 50 t) sur le marché à terme. Cette couverture va, au risque de base près, protéger sa marge.

③ Un collecteur achète 20 000 tonnes de blé aux agriculteurs de sa région, sans pouvoir simultanément revendre cette marchandise sur le marché.

④ Le collecteur se couvre via la vente de 400 contrats à terme (soit 400 lots de 50 t) sur le marché à terme. Cette couverture va, au risque de base près, protéger sa marge.

⑤ Quelques semaines plus tard l’exportateur et le collecteur se rencontrent et négocient une transaction de 20 000 t de blé. L’exportateur achète au collecteur les 20 000 t de blé qui lui seront nécessaires pour charger son futur bateau. Le collecteur lui vend donc ses 20 000 t de blé précédemment achetées en culture.

⑥ Afin de déboucler sa position sur le marché à terme, le jour de son achat de marchandise l’exportateur revend les 400 contrats préalablement achetés sur le marché à terme. Afin de déboucler sa position sur le marché à terme, le jour de sa vente de marchandise le collecteur rachète les 400 contrats préalablement vendus sur le marché à terme.

Bilan

Les couvertures mise en place via la prise de position simultanée, opposée et de même taille sur le marché à terme auront permis à chacun des deux opérateurs de sécuriser sa marge (au risque de base près).

A l’échéance, plus personne n’a de positions sur le marché à terme.

Le cas particulier de la livraison

Il y a des situations où le marché n’est pas aussi simple que l’exemple précédent. L’adéquation entre l’offre et la demande physique n’a pas toujours lieu.

Exemple où l’exportateur va en procédure de livraison

Parfois l’exportateur va peiner à trouver de la marchandise physique pour remplir ses bateaux. Dès lors, l’exportateur pourra aller en procédure de livraison.

C’est-à-dire conserver ses contrats à terme achetés jusqu’à l’échéance sans les revendre. Il deviendra alors propriétaire de la marchandise équivalente en silo portuaire agréé par la Chambre de compensation.

Exemple où le collecteur va en procédure de livraison :

Dans un scénario inverse, c’est parfois le collecteur qui va peiner à trouver un débouché pour écouler la marchandise physique qu’il a achetée en culture.

Dès lors, le collecteur pourra aller en procédure de livraison.

C’est-à-dire conserver ses contrats à terme vendus jusqu’à l’échéance sans les racheter. Il cèdera alors la propriété de la marchandise équivalente en silo portuaire agréée par la Chambre de compensation.

L’intérêt de la livraison

Ces situations atypiques de livraisons ne concernent que quelques faibles pourcentages des volumes échangés chaque année sur le marché à terme.

Cette procédure de livraison a pour objectif de permettre aux cours physiques et aux cours à terme de converger. L’arbitrage possible entre le marché physique et le marché à terme permettra donc la bonne et indispensable corrélation entre ces deux marchés.

Les problèmes autour de la livraison

Parfois, l’arrivée dans la procédure de livraison se passe avec difficulté et engendre de violents mouvements de prix.

Exemple où l’exportateur va en procédure de livraison :

Parfois, les volumes engagés par les exportateurs en procédure de livraisons peuvent représenter plusieurs centaines de milliers de tonnes à réceptionner. Ce sont donc plusieurs milliers de contrats à terme achetés qui ne seront pas revendus sur le marché avant l’échéance.

Face à cela, les opérateurs qui eux avaient vendu des contrats à terme et sont encore sur le marché à l’approche de l’échéance, n’ont qu’une alternative. Aller eux aussi en procédure de livraison et apporter la marchandise concernée en silo portuaire. Ou si ce n’est pas logistiquement possible, se défaire de leur position à n’importe quel prix. Et quand un acheteur doit obligatoirement acheter quel qu’en soit le prix, les cours peuvent alors monter très vite et très haut, pour rechuter aussi vite une fois les opérateurs, en mauvaise posture, sortis du marché.

Le graphique ci-dessus représentant les cours du blé Euronext sur la fin de l’échéance Mars 2021 illustre bien le risque de violente hausse. Les cours se sont envolés de plus de 20 €/t entre le 15 février et le 1er mars pour tout reperdre jusqu’au 10 mars.

Exemple où le collecteur va en procédure de livraison :

Parfois, les volumes engagés par les collecteurs en procédures de livraison peuvent représenter plusieurs centaines de milliers de tonnes à livrer. C’est donc plusieurs milliers de contrats à terme vendus qui ne seront pas rachetés sur le marché avant l’échéance.

Face à cela, les opérateurs qui eux avaient acheté des contrats à terme et sont encore sur le marché à l’approche de l’échéance, n’ont qu’une alternative. Aller eux aussi en procédure de livraison et réceptionner la marchandise concernée en silo portuaire. Ou si ce n’est pas logistiquement possible, se défaire de leur position à n’importe quel prix. Et quand un vendeur doit obligatoirement vendre quel qu’en soit le prix, les cours peuvent alors chuter très vite et très haut, pour remonter aussi vite une fois les opérateurs mal-pris sortis du marché.

Le graphique ci-dessus représentant les cours du blé Euronext sur la fin de l’échéance Mars 2016 illustre bien le risque de violente chute. Les cours se sont effondrés de plus de 12 €/t entre le 22 février et le 4 mars pour finalement regagner la moitié de cette baisse soit 6 €/t jusqu’au 10 mars.

La position ouverte : l’indicateur à suivre pour voir qu’une échéance n’est plus significative

La position ouverte (PO) ou en anglais l’open interest (OI) représente le nombre de contrats à terme actuellement sur le marché pour une échéance donnée. Un même contrat pour qu’il existe est bien entendu à la fois détenu à la vente et à l’achat par deux opérateurs différents.

Pour faire simple, la position ouverte c’est la taille du marché. Elle croît à partir de zéro à l’ouverture d’une échéance, culmine en cours de vie de l’échéance pour décroître progressivement jusqu’au jour de l’expiration.

Les volumes restant en position ouverte au dernier jour de clôture de l’échéance correspondront ainsi aux volumes allant en procédure de livraison.

L’échéance la plus représentative est l’échéance la plus liquide. C’est-à-dire celle qui a la position ouverte la plus élevée. Dès lors que la position ouverte de la 1re échéance est inférieure à celle de la 2e échéance, c’est cette dernière qui devient la plus représentative.

Le graphique ci-dessus illustre bien le début de la chute de la position ouverte sur chaque échéance aux alentours de 6 à 7 semaines avant la clôture définitive du contrat qui a lieu le 10 du mois en blé.

On observe de plus une accélération dans la chute de la position ouverte à partir de la clôture des options qui a lieu le 15 du mois précédent l’échéance.

Conclusion : ce qu’il faut retenir

Dans un marché très tendu avec une forte demande sur le point de livraison et où la marchandise telle que cotée sur le contrat à terme manque, des « explosions » de prix dans les derniers jours avant l’échéance sont possibles. Ce mouvement de prix à la hausse traduit la tension du marché physique.

Dans un marché très lourd sans demande sur le point de livraison et où la marchandise telle que cotée sur le contrat à terme est en très large excès, des « effondrements » de prix dans les derniers jours avant l’échéance sont possibles. Ce mouvement de prix à la baisse traduit la lourdeur du marché physique.

Toutefois, ces mouvements de prix et cette volatilité extrême ne représentent pas dans l’absolu la pleine réalité des cours physiques.  Voilà pourquoi lorsque l’on suit le marché, on regarde d’ores et déjà la 2e échéance 3 à 6 semaines avant la clôture de la 1re qui n’est plus significative.

Pour éviter d’être pris au piège de ces fins d’échéance, notamment lorsque l’on n’a pas l’accès à cette procédure de livraison, il est donc recommandé de déboucler ses positions plusieurs semaines avant la clôture définitive d’une échéance.

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