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Ce n’est plus comme avant…

La première image qui vient en tête lorsque l’on parle de commercialisation du blé c’est celle d’un céréalier qui possède un stockage pour sa récolte. Dans l’esprit de tous, ce « stockeur » va mieux maîtriser le marché et va mieux vendre sa récolte.

Cette image s’est construite jusqu’au début des années 2000, où stocker était l’assurance de vendre plus cher. Un prix bas toute l’année collé sur l’intervention (155 €/t rendu silo). Avec 0,93 €/t de majorations mensuelles, c’était l’assurance de vendre + 5,58 €/t en janvier et + 9,3 €/t en mai qu’à la moisson.

Mais depuis les choses ont bien changé. Il n’y a plus de prix garanti via l’intervention et la volatilité atteint désormais des amplitudes de 50 €/T par campagne en moyenne.

Il n’y a plus de bonne période pour vendre !

Voici le relevé des plus hauts prix négociés par campagne depuis 13 ans (référence blé Euronext)

Moment de plus hautNombre d’années
Avant récolte 6 années
A la moisson 3 années
Après récolte 4 années

Le relevé de prix réalisé sur les 13 précédentes campagnes nous montre bien que la période d’atteinte du plus haut de campagne est très variable. Sur cette période de référence, il n’y a que 3 chances sur 10 que le plus haut de marché soit atteint après la récolte. Cela rend l’activité de stockage à très haut risque pour le prix de vente de la marchandise s’il n’est pas sécurisé au-préalable.

Stocker son blé n’est pas une garantie de réussite

Pouvoir vendre plus tard qu’à la récolte n’est pas signe de réussite. C’est même pire! Cela pousse au vice : cette latitude permise par le stockage semble faire oublier de profiter des bonnes opportunités avant récolte ou en période de moisson.

Le meilleur exemple est la récolte 2007 avec un pic début septembre à 300 €/t sur le Matif puis de nouveau 298 €/t en février. Dans ce cas, stocker et vendre tardivement se montre comme la stratégie gagnante. Cela a donné l’envie à beaucoup de producteurs d’investir dans du stockage pour l’année 2008. Malgré des propositions alléchantes à plus de 220 €/t avant moisson pas question de vendre car quand on a un nouveau stockage c’est pour vendre tardivement. Ils ont eu tort puisqu’après la récolte les prix ont chuté pour se stabiliser autour des 120 €/t, soit 100 €/T de moins!

Ce n’est pas parce que l’on a du stockage qu’il ne faut pas profiter des opportunités de prix avant récolte

Fixer son prix de vente lorsqu’il est rémunérateur bien avant la moisson n’est pas antagoniste avec l’activité de stockage. Il suffit de choisir une période de livraison tardive qui permettra de profiter des majorations de stockage et d’éviter la pression récolte. En effet, les livraisons de blé en pleine moisson sont généralement moins bien valorisées par le marché. Les acheteurs acceptent d’absorber les surplus mis en vente qu’avec des prix discountés en moisson.

Je peux ainsi vendre mon blé juste avant ou à la moisson le garder en stock et choisir une date de livraison plus éloignée dans l’automne, l’hiver ou même le printemps suivant.

Comment profiter de la hausse sans stocker son blé?

Il existe au moins 4 façons différentes qui permettent de pouvoir profiter de la hausse des cours après récolte sans posséder de stockage à la ferme :

La mise en dépôt

Je livre ma récolte chez mon OS à la moisson et je paye des frais pour qu’il me la stocke jusqu’au moment où je décide d’en fixer le prix de vente.

AvantagesInconvénients
– Je profite de la hausse sans stocker à la ferme– J’ai des frais de stockage
– Je dois respecter la date limite de fixation de mon prix
– J’ai un risque de chute des cours

Le prix à fixer ultérieurement ou l’indexé matif

 Je livre ma récolte chez mon OS à la moisson. Il me verse une avance de trésorerie et je fixe mon prix final de vente quand je le souhaite (en étant indexé ou non sur le Matif). Les frais de stockage sont généralement intégrés à mon prix de vente.

AvantagesInconvénients
– Je profite de la hausse sans stocker à la ferme
– J’ai de la trésorerie disponible dès la récolte
– Je souffre de la pression récolte
– Je dois respecter la date limite de fixation de mon prix
– J’ai un risque de chute des cours

L’arbitrage sur le Matif

Je livre et vend ma récolte chez mon OS à la moisson. Je rachète le tonnage équivalent sur le marché à terme. Je revends mes lots le jour où je décide de fixer mon prix final. Si les cours progressent la plus-value sur le marché à terme améliore mon prix de vente initial. Si les cours chutent la moins-value sur le marché à terme dégrade mon prix vente initial.

AvantagesInconvénients
– Je profite de la hausse sans stocker à la ferme
– J’ai de la trésorerie disponible dès la récolte
– Je souffre de la pression récolte
– J’ai des frais financiers liés au marché à terme
– J’ai un risque de chute des cours

La vente et achat de call

Je vends ma marchandise à la récolte et j’achète, moyennant le paiement d’une prime, des calls sur le marché à terme. Je prendrai des profits sur mes calls le jour où je le décide. Si les cours montent, la plus-value réalisée avec mes calls améliore mon prix de vente initial. Si les cours chutent, mon prix de vente est garanti sur la base du prix de vente initial moins la prime.

AvantagesInconvénients
– Je profite de la hausse sans stocker à la ferme
– J’ai de la trésorerie disponible dès la récolte
– Mon prix de vente minimum est connu dès la moisson
– Je souffre de la pression récolte
– Je dois faire attention à la date limite d’échéance du call
– Je paye une prime d’option

Pourquoi stocker son blé à la ferme en 2019 ?

stocker son blé

Si cette opération est réalisée dans l’unique but de pouvoir attendre longtemps après la récolte dans l’espoir de profiter d’une éventuelle hausse des cours, d’autres alternatives existent via les solutions offertes par le marché à terme ou par les collecteurs. Ainsi, il n’est pas nécessaire de stocker pour fixer son prix de vente au bon moment.

Toutefois, le stockage peut avoir, au-delà de l’effet « hausse des prix », de réels intérêts économiques aux multiples facettes :

  • Stocker son blé c’est souvent une optimisation logistique qui améliore la performance des chantiers de récolte lorsque les silos des OS sont éloignés, lents ou aux horaires restreints.
  • Stocker son blé c’est le moyen d’accéder à certains contrats qualitatifs qui nécessite un allotement à la ferme, minutieux et précis.
  • Stocker son blé c’est éviter la fameuse pression récolte et aussi de profiter des majorations de stockage offertes par le marché.
  • Stocker son blé c’est la possibilité de travailler son grain pour en améliorer la qualité.
  • Stocker son blé c’est dans certain cas particuliers la possibilité d’optimisation fiscale mais aussi de pratiquer des reports de campagne lorsque les conditions de marché le nécessitent.
  • Stocker son blé c’est enfin la possibilité d’élargir le panel de ses acheteurs.

Au-delà de l’investissement dans les installations de stockage à la ferme, il ne faut pas perdre de vue que le stockage c’est avant tout une problématique de conservation de marchandise qui doit rester saine, loyale et marchande dans le temps.

Pour conclure, il n’est pas nécessaire de stocker son blé pour bien le vendre. Mais, stocker son blé pour le livrer plus tard qu’à la moisson apporte de réels intérêts économiques.

La clef de la réussite consiste donc à séparer l’aspect gestion du risque de prix et la partie logistique. 

La bonne optimisation c’est en effet de pouvoir démembrer la période de fixation du prix de la période de livraison.

Vous avez des questions sur le risque prix ? Vous ne savez toujours pas quand vendre au bon moment ? Echangez avec l’équipe Captain Farmer dès maintenant !

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