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Pourquoi le maïs brésilien est le maillon faible du marché des grains ?

Pourquoi le maïs brésilien est le maillon faible du marché des grains ?

Depuis 20 ans, le commerce mondial des céréales a doublé, tiré par la demande alimentaire et animale, mais surtout poussé par l’émergence de nouvelles puissances agricoles.

Le Brésil y joue un grand rôle. Connu pour sa place de n°1 dans le sucre mondial et désormais dans le soja, la réputation de ce grand exportateur est plus discrète sur le marché du maïs. Et pourtant, le pays se hisse désormais à la deuxième place derrière les Etats-Unis sur le podium des grands exportateurs de maïs. On doit au maïs brésilien près du tiers de l’augmentation des échanges de maïs dans le monde depuis 10 ans.

Un climat tropical majoritaire qui permet deux cultures par an, voici la force de l’Agriculture brésilienne. Mais c’est aussi une faiblesse pour le maïs, cultivé en dérobé. Ses rendements sont très hétérogènes et les exportations du Brésil sont irrégulières, de quoi inquiéter le marché mondial, surtout lors d’années tendues.

Quand la petite récolte devient la plus grande !

Le maïs est une culture historique du Brésil, bien plus ancienne que le soja. Dans les années 70, il s’en cultivait déjà 10 Mha. Et jusqu’à la fin des années 90, la sole de maïs Brésilienne était supérieure à la sole de soja.

Semée au printemps (octobre-novembre pour le Brésil) et récolte en fin d’été (février-mars), cette récolte traditionnelle est appelée la Safra en Portugais. Elle est destinée à l’alimentation animale.

Tout a changé depuis 20 ans et l’explosion de la culture du soja. La zone de culture brésilienne s’est étendue de plus en plus vers le centre du pays dans la savane tropicale. Etat Pionnier en lisière de la forêt amazonienne, le Mato-Grosso est devenu l’eldorado du soja.

Mais pas seulement : des terres toutes neuves, un climat tropical, un équipement agricole déjà présent pour le soja. Les ingrédients sont réunis pour booster la pratique de la Safrinha.

Cette deuxième récolte de maïs dans l’année, cultivée en dérobée est appelée « petite récolte » en Portugais. Confidentielle jusqu’en 2000, la Safrinha connaît depuis 20 ans une croissance exponentielle dans le sillage de la mise en culture des terres pour le soja. Au point qu’aujourd’hui la deuxième récolte de maïs brésilienne représente plus de 70% de la production de maïs du pays.

production de maïs au brésil

Une culture à fort risque climatique

double récolte

Semée directement au lendemain de la moisson du soja entre fin janvier et début mars, la Safrinha de maïs se récolte entre fin juin et début août.

Mais faire pousser cette culture à contre-saison et en moins de 5 mois est un réel challenge.

Au Mato-Grosso, c’est la saison sèche qui pose problème. Passé début mai, il ne pleut plus pendant 4 mois. Autant dire que les maïs ont intérêt à avoir passé leur phase de floraison et de fécondation avant cette date. Sinon c’est une lourde perte de rendement assuré. D’où cette course contre la montre pour semer le plus tôt possible.

Plus au sud, dans le Mato-Grosso Do Sul et au Parana, c’est le gel le souci. Les températures négatives peuvent arriver dès le 10 juin ; Sur des maïs immatures, la sentence est bien souvent irrévocable.

Le risque lié au sec ou au froid dans ces 3 états qui concentrent 75% de la production conduit à de fortes amplitudes de rendements. Parmi tous les grands exportateurs (USA, Brésil, Ukraine, Argentine), c’est bien au Brésil que le maïs connaît les plus fortes amplitudes de rendement.

Aux Etats-Unis, -5 à -10% de rendement par rapport à la tendance et l’on parle déjà d’une très mauvaise récolte. Au Brésil les mauvaises années pour la Safrinha accusent des pertes de -20 à -40% du rendement tendanciel.

la safrinha de maïs est une culture à haut risque climatique

Un marché mondial très dépendant de la Safrinha

Les exportations de maïs au Brésil ne concernent que 40 à 45% de la deuxième récolte. Le reste ainsi que la première récolte sont consommés sur le marché domestique. Voilà pourquoi le Brésil n’est présent sur le marché mondial qu’à partir de juillet et en disparaît dès février.

De juillet à octobre, le marché mondial du maïs est d’ailleurs très majoritairement alimenté par le Brésil. Cela tombe bien en relai des Etats-Unis et de l’Ukraine qui arrivent en fin de campagne.

Mais quid des années où le rendement de la Safrinha décroche ?

C’est arrivé 2 fois sur les 8 dernières années.

En 2018, la Safrinha perd 17% de rendement. Les exportations de maïs brésiliennes chutent de 7,5 Mt.

En 2016, la Safrinha perd 35% de rendement. Les exportations de maïs brésiliennes chutent de 20,5 Mt.

Jusqu’alors, et à chaque fois, les Etats-Unis ont répondu présents en puisant dans leurs stocks de maïs pour alimenter davantage le marché mondial.

Mais les choses ont changé. Les stocks américains sont de plus en plus tendus. Le marché mondial n’a plus aucune marge de manœuvre.

Voilà pourquoi les regards sont braqués sur le Brésil de mai à juillet.

exportations de maïs au Brésil (Mt) entre 2012 et 2020

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Pourquoi utiliser l’analyse graphique pour vendre son blé au bon moment ?

Pourquoi utiliser l’analyse graphique pour vendre son blé au bon moment ?

Vendre au bon moment c’est savoir profiter de prix favorables pour couvrir ses coûts de production et dégager une marge satisfaisante. Mais c’est aussi savoir attendre parfois de longues semaines ou de longs mois sans rien faire. Ou à l’inverse saisir très rapidement la furtive opportunité qui se présente.

Pratiquer cet art est difficile car la certitude n’existe pas sur le marché.

Pour leur commercialisation, beaucoup y vont donc par tâtonnement. Espérant faire plus souvent «  de bons coups » que de « mauvais coups ». Glânant ici ou là quelques informations de marché gratuites. Suivant les cours du matif. Vendant un peu avant, pendant et après la récolte.

Mais pourtant ne dit-on pas que gérer c’est prévoir ? Avoir un scénario de marché en tête, des objectifs de prix, des éléments à surveiller, des dates clefs à observer. Tout cela est tellement plus confortable …

Encore une fois, les boules de cristal n’existent pas et les plus hauts du marché des céréales on ne les connaît qu’après. Mais éclaircir un peu sa route est toujours moins dangereux que d’avancer tête baissée dans le brouillard !

Court ou long terme ? A chaque période son analyse !

L’analyse fondamentale pour déterminer la direction à long-terme

L’analyse fondamentale, qui étudie tous les paramètres de l’offre et de la demande sert à déterminer si le marché doit monter ou baisser pour s’équilibrer.

Quand l’offre est supérieure à la demande : Les prix vont baisser pour stimuler davantage de demande, inciter les producteurs à stocker à désintensifier leurs productions ou à réduire leurs emblavements futurs.

Quand l’offre est inférieure à la demande : les prix vont monter pour réduire la demande, inciter les producteurs à déstocker à intensifier leurs productions ou à maximiser leurs emblavements futurs.

Certes les problèmes climatiques peuvent être brutaux et faire rapidement chuter l’offre prévisionnelle de l’année. Mais à l’inverse on n’augmente pas du jour au lendemain les assolements et les rendements. Quant à la demande elle a beaucoup plus d’inertie. On ne réduit pas ou ne stimule pas du jour au lendemain la consommation des élevages, des populations ou des programmes de biocarburants.

Voilà pourquoi, à l’exception des accidents climatiques, l’analyse fondamentale est plutôt à prendre en compte à moyen et long-terme, à 3, 6 ou 12 mois.

L’analyse graphique pour capter la psychologie du moment

L’analyse fondamentale apporte des arguments sur le niveau de prix à atteindre par le marché, qu’ils soient élevés ou pas. Elle nous donne peu d’indication sur l’itinéraire que va emprunter le marché pour atteindre cet objectif. Ce chemin sera le fruit de l’opposition entre les acheteurs et les vendeurs. Et là tout est question de psychologie.

Suivre et anticiper le marché nécessite d’en capter l’ambiance. Quel est la psychologie du moment ? 

Optimisme, Confiance, Euphorie, hésitation, craintes, peur, panique ?

Mettre des mots sur la situation des marchés. C’est ce que permet l’analyse graphique. Elle va pouvoir donner des indications et des repères à long terme mais c’est bien sur le court-terme qu’elle sera la plus pertinente et complètera parfaitement l’analyse fondamentale.

Car quand les prix sont déjà très chers et conforme à l’analyse fondamentale des mois passés : Comment détecter la fin de la hausse ? comment détecter le plafonnement du marché, son retournement baissier voir son effondrement ?

A l’inverse quand les prix sont déjà très bas et conforme à l’analyse fondamentale des mois passés : Comment détecter la fin de la baisse ? comment détecter la stabilisation du marché, son retournement haussier voir son rebond 

Pourquoi l’analyse graphique ?

Pour suivre les marchés financiers :

L’analyse graphique se base sur la visualisation des cours. Il faut d’ailleurs qu’un grand nombre d’opérateurs l’utilise pour qu’elle fonctionne. Agissant en quelque sorte comme de l’auto-réalisation : C’est parce que tout le monde suit et réagit au même graphique que cela fonctionne.

Voilà pourquoi l’analyse sera surtout pertinente sur les marchés financiers transparents et liquides. Sur le marché des grains on va l’utiliser sur le matif ou sur les contrats nord-américains du CME (ex CBOT) à Chicago ou de l’ICE à Winnipeg.

Pour détecter les tendances

Le postulat de base est que la courbe sur le graphique est la trace laissée par le rapport de force entre les acheteurs et les vendeurs.

Lorsque le camp des acheteurs domine une tendance haussière émerge. Lorsque le camp des vendeurs domine, c’est une tendance baissière qui est observée .

Parfois le rapport de force est erratique et c’est l’indécision qui domine.

Le but de l’analyse graphique est d’identifier les moments où le marché évolue en tendance. De l’émergence jusqu’à l’épuisement du mouvement.

Le plus important étant d’identifier les changements de tendance. Ce serait dommage de capituler et vendre la veille d’un retournement haussier. Comme il serait dommage de ne pas vendre sur une très grosse cassure de tendance haussière.

Pour détecter les bons points de vente

Autre postulat de l’analyse graphique : le marché a une mémoire et les investisseurs ont des modèles de comportement connus.
Il existe des niveaux de prix importants qui ont par le passé généré d’importantes batailles entre acheteurs et vendeurs. Le marché s’en souvient.

Ces niveaux agissent tels des plafonds ou des plancher pour les cours. Les fameux supports et résistances. Les détecter est indispensable pour bien place ses ordres de vente.

Lorsque l’on est sur un niveau plancher, autant attendre un retour sur le plafond avant de vendre. A l’inverse, si ce plancher cède, c’est peut-être le moment de vendre.

Conclusion : exemple du blé Euronext Mai 2021

Vendre au bon moment ce n’est pas tout vendre d’un coup. C’est fractionner ses ventes tout au long de la campagne et faire de la gestion du risque. Encore faut-il vendre plus souvent sur les pics que dans creux pour obtenir une bonne moyenne de vente. Tel est l’objectif que permettra d’atteindre l’analyse graphique. Voici un exemple sur le blé Euronext récolte 2020 :

Dans un prochain article nous rentrerons dans le détail de ces tendances, des bougies, des figures et de tous les outils nécessaires à l’analyse graphique.

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Tout savoir sur la base en 10 questions !

Tout savoir sur la base en 10 questions !

1. La base qu’est-ce que c’est ?

La base est l’écart constaté entre le prix auquel je suis payé en tant que producteur et la cotation du marché à terme Euronext (MATIF).
Exemple : Si je peux vendre aujourd’hui 100 t de blé livraison décembre 2020 à 193 €/t départ ferme et que l’échéance Euronext Décembre 2020 cote 210 €/t, j’ai une base de 193-210 = -17 €/t

On parle aussi de prime, ce qui est la même chose que la base.

2. La base est-elle positive ou négative ?

Les lieux de cotation des contrats à terme étant généralement des débouchés portuaires, la cotation y est supérieure à mon prix départ ferme, ne serait-ce que pour une question de coût de transport, donc la base est pour moi, généralement négative.

Mais elle peut aussi être positive lorsque ma marchandise est d’une meilleure qualité que celle cotée sur le marché à terme. C’est par exemple le cas avec un blé de force valant : blé tendre standard +30 €/t de prime qualité, ou ce sera le cas d’un colza à 43 % d’huile qui, lorsque le marché est à 400 €/t base 40% d’huile, dispose de 18 €/t de prime d’huile.

3. Ma base s’est dégradée, c’est donc que mon collecteur prend davantage de marge ?

Par facilité, beaucoup assimilent la base aux coûts de transport qui me séparent du lieu de cotation Euronext et à la marge de ma coopérative ou de mon négociant. Mais le raccourci est un peu trop rapide, car en réalité mon blé ne va pas forcément à Rouen, ni mon colza sur la Moselle (points de livraison Euronext).

Ma production est mise en marché par mon collecteur sur le meilleur débouché possible à tout moment. Lorsque la base se dégrade, ce n’est pas mon collecteur qui prend plus de marge mais tout simplement le marché local qui se dégrade par rapport à la cotation Euronext.

4. Quelle interprétation faire d’une base qui se dégrade ou qui s’améliore ? 

Lorsque ma base se dégrade, c’est le signe d’un marché physique local en perte de vitesse par rapport au marché à terme. On est dans un flux poussé. Cela veut dire que le marché est bien pourvu et ne veut pas de ma marchandise que je lui propose.

Lorsque ma base s’améliore c’est le signe d’un marché physique qui se tend davantage que le marché à terme. On est dans un flux tiré. Cela veut dire que le marché est en demande et a besoin de ma marchandise qu’il appelle.

5. Si la base n’est pas bonne, faut-il attendre avant de vendre sa marchandise ?

Non pas forcément. Mieux vaut vendre du blé avec un matif à 210 €/t et une base à -30 €/t (210-30 = 180 €/t) que de vendre du blé avec un matif à 190 €/T et une base à -15 €/t (190-15=175 €/t)

6. Comment puis-je suivre ma base ?

Il n’y a pas de marché de la base. Pour la suivre, il faut se renseigner sur les offres de prix physique et calculer sa base par rapport au prix Euronext. En faisant cet exercice régulièrement et au fur et à mesure des campagnes, on se rend compte de ce qu’est une base moyenne, dégradée ou bonne.

Attention, pour faire le calcul, il faut prendre une échéance qui correspond à la période de livraison.

7. Pourquoi tous les OS n’ont pas la même base à tout moment ?

Pour juger, il faut pouvoir comparer ce qui est comparable. Beaucoup de questions sont donc à se poser pour comparer deux offres commerciales et donc deux bases : Est-ce une livraison moisson ou une livraison après moisson ? Quel est le délai de paiement ? Quelle qualité de marchandise ? Quel barème de réfaction ? Quelle sécurité de paiement ? Est-ce du départ ferme ou du rendu silo ?

Toutes choses égales par ailleurs, une différence de base peut s’expliquer par une différence de débouché. Un collecteur peut à un moment donné, avoir profité d’un marché plus porteur qu’un autre et vice-versa. Certains collecteurs peuvent avoir par exemple des contrats en filière mieux valorisés. 

8. Quel est l’intérêt de fixer sa base à l’avance ?

Lorsque l’on a bien compris que le prix final était composé de la cotation Euronext et de la base, on peut séparer la fixation de ces deux paramètres.

Le même jour, le prix Euronext est bas à 160 €/t et ne me satisfait pas. Je ne le fixe pas.  A contrario je peux fixer à l’avance une base de -15 €/t contre -20 €/t habituellement. Cela me satisfait, je la fixe. Ainsi, mon prix final qui n’est pas fixé sera de Euronext -15 €/t contre une moyenne habituelle à Euronext -20 €/t.

J’ai profité d’un marché porteur à un moment donné pour sécuriser mon débouché, sans avoir fixé mon prix final. Attention, dans ce cas, je reste exposé à une baisse de prix sur le marché à terme.

Pour en savoir plus sur comment choisir mon mode de commercialisation cliquez ici.

9. Comment optimiser la gestion de la base avec les options ?

Une base favorable, signe d’un marché qui tire, m’incitera à vendre ma marchandise physique et à acheter un call pour continuer à profiter de la hausse. L’amélioration de la base financera d’ailleurs une partie de ce call.

Une base défavorable, signe d’un marché lourd et sans demande, m’incitera à ne pas vendre ma marchandise physique et à acheter un put pour me protéger d’une chute des cours. Si le marché se réveille un jour,  je pourrai en profiter tant sur la base que sur la cotation Euronext.

10. Peut-on parler de base en orge fourragère ?

Il n’existe pas de contrat à terme sur l’orge fourragère à ce jour. Mais beaucoup de transactions d’orges fourragères se font « en indexé » sur le contrat blé meunier d’Euronext. Donc oui, on peut parler de base en orge fourragère. Simplement, comme orge et blé ne sont pas les mêmes produits, cette base fluctue très fortement.

Ainsi, l’orge fourragère rendu Rouen entre 2017 et 2020 a fluctué entre -40 €/t et +10 €/t par rapport au blé Euronext avec une moyenne de -10 €/t.

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Coronavirus : quels impacts sur le marché des céréales ?

Coronavirus : quels impacts sur le marché des céréales ?

Crise sanitaire d’abord, crise économique ensuite, le Coronavirus n’a pas fini de faire parler de lui. Cette situation est inédite dans le monde moderne avec à ce jour 2,7 milliards de personnes confinées soit plus d’un habitant de la planète sur 3.

L’ampleur du krach est exceptionnelle sur les marchés financiers : -38% en un mois pour la bourse de Paris. -35% à New York. Quant au pétrole, il a perdu 62% de sa valeur en un mois pour sombrer au plus bas depuis 18 ans.

De l’alimentation de base comme le pain et les pâtes aux consommations de loisir telles que la bière en passant par les usages non-alimentaires que sont les biocarburants, tous nos débouchés sont impactés. Parfois positivement mais hélas biens souvent négativement. Alors, finalement quel est l’impact du Coronavirus sur nos céréales?

Blé : Le Coronavirus favorise l’alimentation de base

Paniques aux achats

A l’image des consommateurs remplissant leurs caddies de pâtes, farine et autres, ce sont tous les utilisateurs de blé qui répondent à cette « peur de manquer » et aux risques de défaillance de la logistique. Des éleveurs aux fabricants d’aliment du bétail, des meuniers aux usines agro-alimentaires, des chargeurs aux grands pays importateurs : toute la filière a renforcé ses achats de précaution.

caddy plein - panique coronavirus

Il faut aussi compter avec la Chine qui sort progressivement de ses 2 mois de confinement et qui revient aux achats de blé français et américain pour refaire ses réserves.

Les devises ont également leurs effets de soutien à court-terme. Désormais épicentre de l’épidémie de Coronavirus, l’Europe voit sa devise, l’Euro chuter au plus bas depuis 3 ans ce qui soutient les prix à l’export. En Russie, c’est de nouveau la menace de restrictions à l’export qui plane. Avec une économie frappée de plein fouet par l’effondrement des cours du pétrole, le rouble russe a perdu 1/3 de sa valeur depuis le 1er janvier. Cette dévaluation fait bondir les prix agricoles sur le marché intérieur sur des niveaux records, ce qui commence à agiter la population.

Des incertitudes à moyen terme

L’Arabie Saoudite, l’Iran, l’Iraq, l’Algérie, l’Egypte, le Nigéria et l’Indonésie ont pour point commun d’être dans le classement des plus gros producteurs de pétrole au monde. Avec un prix du blé qui n’a jamais été aussi élevé qu’à ce jour par rapport au prix du pétrole, la capacité de ces pays à maintenir leurs achats dans les prochains mois est une crainte.

Quant aux devises, difficile de statuer sur le maintien d’un euro faible par rapport au dollar quand les Etats-Unis devraient eux aussi être sévèrement touchés par la crise. De plus, les pays exportateurs de blé à bas coûts que sont l’Ukraine et la Russie bénéficieront indéniablement de la faiblesse de leurs devises pour assoir leur domination sur le commerce mondial du blé dans les prochains mois.

Orge : quand l’épidémie de covid-19 fait perde toutes les bonnes occasions de boire de la bière

Fermeture des bars et restaurants. Arrêt de la NBA aux Etats-Unis. Arrêt des championnats de footballs Européens. Report de l’Euro de football et des JO. Suspension de tous les petits évènements locaux. Toutes les bonnes occasions de boire de la bière en quantité sont mises à mal. Certes la consommation domestique perdure pendant le confinement. Mais une forte réduction de la consommation mondiale de bière est crainte à ce jour.

bar fermé à cause du coronavirus

Maïs : sous la menace de l’éthanol américain

Alors que les cours de l’essence ont perdu 75% de leur valeur aux Etats-Unis en un mois et que les cours de l’éthanol marquent de nouveaux plus bas historiques, les usines d’éthanol américaines sont à contre-marge et ferment les unes après les autres. Les restrictions de circulation et donc de consommation de carburant ne font qu’amplifier la crise. Lorsque l’on sait que 40% de la production de maïs américaine est transformée chaque année en éthanol, on comprend mieux pourquoi le maïs à Chicago revient vers ses plus bas niveaux des 10 dernières années. Heureusement en France, cette débâcle est atténuée par la fermeté du blé et la faible récolte de l’automne dernier.

ethanol américain

Colza : Le coronavirus fragilise la filière

Le soja bloqué en Amérique du Sud ?

Le secteur des oléagineux souffre davantage de la crise que celui des céréales. Le monde se passe plus facilement d’huile que de pain…

Mais dans cet univers complexe, un élément de soutien se détache, la fermeté des tourteaux. En Europe, c’est la réduction de cadence des usines de trituration et les problèmes de logistiques qui réduisent l’offre de tourteaux de colza. Sur le marché mondial, alors que la Chine, qui sort peu à peu de la crise, revient activement aux achats de soja, l’Amérique du Sud fait peur aux opérateurs.

Face à la progression du Coronavirus, des villes commencent à être fermées au Brésil comme en Argentine. Difficile de savoir si ces blocages vont prendre de l’ampleur et durer. Mais, comme à chaque fois que le doute plane sur le 1er exportateur au monde de graine de soja et le 1er exportateur au mode de tourteaux de soja, les cours s’emballent à la hausse sur ce marché hyper concentré.

queue de camions au Brésil

La déroute du biodiesel

Avec un pétrole au plus bas depuis 18 ans, l’équilibre économique des filières de biocarburants est remis en cause dans de nombreux pays du monde. Il devient parfois plus rentable pour les pompistes d’être amendable que de respecter leurs obligations d’incorporation de biocarburants.

De plus, l’Europe entière est en confinement. La consommation de gasoil s’effondre et avec elle la consommation de biodiesel à 7%. Avec plus de 70% des graines de colza européennes destinées à la production de biodiesel, c’est une réelle crise de débouché que vit actuellement ce produit.

biodiesel

La volatilité est de retour

Nous ne mesurons certainement pas encore à ce jour tous les changements et bouleversements que la crise actuelle va provoquer dans l’économie mondiale, et sur le marché des grains. Si la demande alimentaire mondiale incompressible demeure la colonne vertébrale de nos marchés agricoles, leur dépendance aux biocarburants est leur talon d’Achille.

L’incertitude du lendemain et la volatilité des prix qui l’accompagne fait un retour fracassant sur le marché des grains. De menaces à opportunités, les hésitations sont nombreuses et les risques majeurs lorsque l’on est seul sur son exploitation pour déclencher ses ventes.

Espérons toutefois que cette période de trouble profond permette à nos dirigeants et surtout aux consommateurs de mieux saisir l’enjeu stratégique de l’agriculture et de mieux la soutenir pour garantir la stabilité des paysages, du pays et du monde.

Pour continuer à suivre notre analyse du marché et voir l’évolution de l’impact du Coronavirus sur nos céréales, je vous invite à tester notre appplication mobile en cliquant plus bas. Pour plus d’informations sur Captain Farmer, échangez avec l’équipe Captain Farmer dès maintenant ! Prenez rendez-vous directement ici : https://meetings.hubspot.com/pierre74

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La première fois que j’ai entendu parler du MATIF …

La première fois que j’ai entendu parler du MATIF …

Par Sébastien de Captain Farmer

« La première fois que j’ai entendu parler du MATIF c’est au tout début des années 2000. J’étais étudiant et passionné par le monde agricole. Les premiers articles de presse commençaient à aborder le sujet de la commercialisation. En 1999, l’Europe abaissait le fameux « prix d’intervention » de -15% supplémentaires sur les céréales après déjà l’avoir coupé de -30% en 1992. Les prix des céréales bougeaient. C’était une nouveauté !

C’est là que la solution miracle apparaissait : le MATIF!

Avec à chaque fois le même type d’article de presse : interview de M. Martin, céréalier dans le centre de la France et surtout stockeur à la ferme. Pour s’en sortir, M. Martin vend ses « lots » de colza sur le MATIF.

L’image est déjà faite pour moi. Des camions estampillés « MATIF » défilent dans la ferme de monsieur Martin pour charger du colza sous son boisseau.

Mais ce n’est pas tout. Je comprends aussi qu’utiliser le MATIF pour vendre son colza ou son blé c’est un moyen de vendre beaucoup plus cher que les autres. Quel veinard ce M. Martin !

Comment ça marche ? C’est encore très flou. Mais c’est un peu comme une boite magique, un système qui sert à démultiplier les prix.

Quelques temps plus tard la coopérative nous propose sur la ferme familiale de « faire du MATIF » pour vendre du colza avant la moisson.

Tout une nouveauté ! Vendre à l’avance sa récolte pour avoir un meilleur prix ? Et tout cela grâce au MATIF ? On ne comprend toujours pas comment cela fonctionne, mais si tout le monde en parle et que cela nous fait gagner de l’argent, allons-y !

Mais quand même, finalement ce n’est pas si simple. Voilà qu’on nous parle de la « base » ? du fob Moselle ? du rendu Rouen ?

Tout s’est éclaircit lors de mes études, quand j’ai suivi ma première formation MATIF avec Agritel. Et depuis bientôt 20 ans désormais, c’est devenu mon quotidien. Rares sont les jours où je n’ai pas regardé ce que donnait le MATIF !!! »

Si vous aussi vous voulez mieux comprendre ce qu’est le MATIF et à quoi il sert vraiment, je vous invite à lire mon article.

Si vous souhaitez appliquer le MATIF sur votre exploitation, téléchargez le guide que je viens d’écrire sur comment réussir sa commercialisation en 10 étapes.

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Pourquoi les cours chutent plus vite qu’ils ne montent ?

Pourquoi les cours chutent plus vite qu’ils ne montent ?

Et comment s’en prémunir pour bien vendre?

Le mouvement du colza du début 2020 est l’exemple parfait pour illustrer que la chute des cours est souvent bien plus violente que la hausse.

Les cours ont perdu en moins de deux semaines les 30 €/t qu’ils ont gagné en 2 mois.

Et des exemples comme celui-ci il y en a des dizaines sur les grains. C’est la même chose sur les marchés boursiers.

La hausse est lente et progressive car les acheteurs et notamment les consommateurs ne sont pas « obligés » de rentrer dans le marché aux achats.

La vente est soudaine et rapide car les principaux vendeurs sont les acheteurs des jours et semaines précédentes. Ils doivent alors « liquider » leur position dans un mouvement de panique. La baisse s’auto-alimente donc.

« On achète par choix et on vend par obligation »

Pourquoi les acheteurs ne sont pas « obligés » d’acheter ?

Pour que les prix montent, la demande doit être plus forte que l’offre. Il y a alors plus d’acheteurs qu’il n’y a de production. Les acheteurs anticipent donc qu’il leur manquera à terme de la marchandise ou que le prix de demain sera plus haut que le prix d’aujourd’hui.

Les acheteurs (consommateurs) ne sont pas obligés d’acheter longtemps à l’avance. En effet, lorsque les prix montent de plus en plus et deviennent trop cher pour eux et pour leurs marges, d’autres choix sont possibles :

  • Ils peuvent trouver les prix tellement chers qu’il vaut mieux arrêter leur consommation plutôt que de travailler à contre marge.
  • Ils peuvent pratiquer la substitution et acheter un produit de remplacement. Peut-être pas tout à fait identique mais bien moins cher.
  • Ils peuvent reporter leurs achats au dernier moment en se disant que, perdu pour perdu, mieux vaut vivre au jour le jour plutôt que d’acheter une marchandise trop chère longtemps à l’avance.

Dans les fins de hausse, les derniers acheteurs ne sont plus les consommateurs mais les spéculateurs qui tentent leur chance. Ces derniers sont animés par l’unique but de revendre plus cher demain ce qu’ils ont acheté aujourd’hui. L’euphorie est là et tout le monde est aveuglé par la hausse. Le marché monte et ne fait que monter. Preuve en est, les fils de news de marché ne relatent que des informations haussières. (à ne pas confondre avec les décryptages et analyses produites par les réelles cellules d’expertise et de recherche de marché).

Pourquoi les vendeurs sont « obligés » de vendre

Quand subitement le flux de news haussières s’arrête, la baisse s’enclenche. Il n’y a plus de nouveaux acheteurs qui rentrent dans le marché. Et, les acheteurs de la veille revendent leurs positions en perte dès le lendemain. Les vendeurs reviennent en force. C’est la panique voir parfois le Krach !

Plus le marché baisse plus les spéculateurs haussiers sont mis à mal et sont « obligés » de vendre pour couper leurs pertes.

Les astuces pour éviter les krachs quand on est producteur ?

Des solutions simples à mettre en place existent pour ne pas paniquer durant ces phases de violente chute du marché :

  • Eviter d’attendre trop longtemps et vendre régulièrement dans la hausse en fractionnant ses ventes. C’est ce qui s’appelle vendre en « Scale Up » !
  • Se fixer des objectifs de prix réalistes et passer des ordres dits « permanents » longtemps à l’avance.
  • Utiliser les prix minimums garantis via des stratégies à base d’options
  • Se former à l’analyse graphique pour détecter les figures de retournement
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